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lexique

Les mots portugais du désir

Le français est une langue magnifique pour l'amour, mais soyons honnêtes : elle a ses limites pour le désir brut, celui qui ne cherche pas à être poli. Le portugais brésilien, lui, possède tout un vocabulaire pour ça — des mots courts, chauds, qui claquent dans la bouche et qu'aucune traduction ne rend vraiment justice. Voici mon petit lexique, celui que je garde pour moi d'habitude, et que j'ouvre ici pour la première fois.

Gostosa

Littéralement : « délicieuse ». Mais dans la bouche d'un homme qui vous regarde de la tête aux pieds, ça ne veut plus rien dire de littéral du tout. La première fois qu'on me l'a soufflé à l'oreille, j'étais à peine consciente de mon propre corps, et ce mot m'a fait comprendre, d'un coup, qu'on pouvait être regardée comme une chose bonne à croquer sans que ce soit vulgaire — juste terriblement, simplement vrai.

Tesão

Un mot que le français n'a pas d'équivalent direct : le désir physique lui-même, à l'état brut, transformé en nom commun. On ne dit pas « j'ai envie » au Brésil, on dit « estou com tesão » — littéralement, je suis avec le désir, comme s'il s'agissait d'une présence, presque d'un invité qui venait de s'installer dans la pièce. Je trouve ce mot d'une honnêteté rare : il ne cherche pas à enjoliver, il nomme la chose exactement comme elle est.

Lèvres entrouvertes murmurant un mot portugais dans la pénombre, gros plan intime
Certains mots ne se traduisent pas. Ils se murmurent, et ça suffit largement.

Safada

« Coquine », dira-t-on en français, mais le mot perd tout son mordant dans la traduction. Safada, c'est celle qui sait exactement ce qu'elle fait et qui assume de le faire quand même — un peu vilaine, jamais coupable. Enfant, on me le disait déjà pour une bêtise sans conséquence ; adulte, je l'ai réclamé pour tout autre chose, un soir où j'avais envie qu'un inconnu au téléphone me le répète en boucle, juste pour sentir cette petite décharge que le mot déclenche à chaque fois, quelle que soit la langue dans laquelle on l'entend.

Beijo molhado

Le baiser mouillé — celui qu'on ne donne pas du bout des lèvres, celui qui laisse une trace, un souvenir sur la bouche plusieurs minutes après. Rien qu'en le prononçant à voix haute, on sent presque la langue qui s'attarde. C'est un des mots que je garde précieusement, parce qu'aucun équivalent français ne rend justice à cette humidité-là, à cette lenteur assumée.

Un mot portugais murmuré au bon moment vaut mille phrases françaises bien construites. Ce n'est pas le sens qui compte — c'est le son, la chaleur qu'il porte encore de là-bas.

Pourquoi murmurer en portugais rend fou

Je crois que c'est justement parce que la plupart de mes interlocuteurs ne comprennent pas un mot de ce que je dis. L'inconnu n'a que le son : la mélodie chaude, les voyelles ouvertes, cette musicalité que le français, plus sec, ne possède pas de la même façon. Il doit imaginer le sens, le compléter avec son propre désir — et ce que l'imagination invente est toujours plus brûlant que ce qu'on pourrait décrire avec précision.

Ces mots-là, je les murmurais déjà sur le sable, les nuits où mes nuits de Copacabana se prolongeaient jusqu'au bord de l'eau, bien avant de savoir qu'ils feraient un jour perdre la tête à quelqu'un au téléphone, à des milliers de kilomètres de Rio. Si toi aussi tu as des mots que tu n'as jamais osé dire à voix haute, dans ta langue ou dans une autre, sache qu'il existe des endroits faits pour ça, où l'on peut raconter ses fantasmes sans qu'aucun mot ne reste coincé dans la gorge.

Petite leçon pour la route, si un jour tu veux surprendre quelqu'un : dis-lui qu'il est gostoso, murmure que tu as tesão, avoue-toi un peu safada. Tu n'as pas besoin de traduire. Le corps, lui, comprend toujours.

Bianca
parle deux langues du désir. Elle ne choisit jamais laquelle utiliser en premier.