Avant la Côte d'Azur, avant de me confier à des inconnus au bout du fil, il y avait Rio. Et dans Rio, il y avait Copacabana, l'endroit où toutes mes soirées d'été finissaient — parce qu'à Rio, on ne rentre pas se coucher tant que la mer est encore tiède.
La plage à deux heures du matin
Je ne saurais pas dire à quelle heure exactement mes soirées basculaient vers le sable, mais je me souviens du moment précis où celui-ci, brûlant toute la journée sous le soleil, gardait encore assez de chaleur pour qu'on s'y allonge pieds nus sans y penser. Copacabana n'était jamais vide : des groupes qui chantaient bas, des couples enlacés dans l'ombre des kiosques fermés, l'odeur salée mêlée à celle d'une caïpirinha renversée sur le sable. L'air était moite, épais, collant à la peau comme un second maillot.
Je portais toujours moins de vêtements qu'il n'en fallait, moins par provocation que par nécessité — à cette heure-là, le corps réclamait de l'air, du vent, du contact. Ma mère disait que Rio nous rendait toutes un peu sauvages passé minuit. Elle n'avait pas tort.
Ce rendez-vous qui ne m'a jamais quittée
Il y a une nuit que je n'ai jamais racontée à personne d'autre qu'à ce carnet. J'avais dix-neuf ans, et j'avais donné rendez-vous à un inconnu croisé la veille sur cette même plage, après quelques mots échangés à peine avant qu'il ne reparte vers son groupe d'amis. Le lendemain, il était là, exactement où il avait promis d'être, avec ce sourire de celui qui n'attend rien mais espère tout.
On n'a presque pas parlé. Le bruit des vagues suffisait, et j'ai compris que le corps pouvait dire davantage qu'une conversation entière — une main posée sur mon dos, le sel sur sa peau, sa respiration calée sur le ressac. Je suis rentrée au petit matin, le sable encore dans les cheveux, avec une certitude toute neuve : je n'aurais plus jamais peur de vouloir ce que je voulais.
Ce que ces nuits m'ont appris de mon corps
Copacabana m'a appris à ne pas attendre la permission de quelqu'un pour habiter mon propre corps. Sur cette plage, personne ne me regardait de travers parce que je riais trop fort, parce que je dansais seule, parce que je choisissais un homme plutôt que l'inverse. Cette liberté-là, une fois goûtée sur le sable chaud, ne m'a plus jamais quittée — même ici, même sous un climat qui n'a rien de tropical.
Depuis, j'ai gardé ce réflexe : me montrer sans calcul, jouer avec les regards plutôt que les fuir. Certaines nuits où la nostalgie de Rio me prend trop fort, je retrouve cette impudeur solaire derrière un écran, sur une ligne d'exhib webcam — exactement comme sur cette plage, où personne ne connaissait mon nom non plus.
La saudade, et comment je la retrouve aujourd'hui
Il y a un mot pour ça, en portugais, qui ne se traduit jamais tout à fait : saudade. Ce n'est pas juste la nostalgie, c'est un manque tendre de quelque chose qu'on sait ne plus jamais pouvoir revivre exactement pareil. J'ai la saudade de Copacabana presque chaque soir d'été ici, quand l'air se fait lourd et que je ferme les yeux en cherchant, en vain, l'odeur de la mer chaude.
Je n'ai pas besoin de la plage pour retrouver cette liberté-là. J'ai ma voix, et les mots que je choisis d'y mettre — parfois français, parfois des mots portugais du désir que je murmure sans les traduire, juste pour le plaisir de les sentir dans ma bouche. À distance, au téléphone, je recrée cette sensation d'être libre, désirée, sans attache — Copacabana, version voix.