Depuis que je vis en France, la même scène se répète presque à l'identique. Je dis que je suis brésilienne, et je vois passer, dans le regard de la personne en face, tout un film déjà monté : la samba, le string, le carnaval, une fille qui danse sur toutes les musiques et qui ne dit jamais non à rien. On me sourit, on hausse un sourcil, parfois on me demande carrément de « faire un pas de samba », là, tout de suite, entre le fromage et le dessert.
Ce qu'on imagine
Le cliché est toujours le même, avec quelques variantes. Une Brésilienne, forcément, sait danser divinement, porte un fil dentaire à la plage été comme hiver, vit dans une fête permanente et n'a besoin d'aucune excuse pour être sensuelle : elle le serait par nature, presque par décret de naissance. C'est une image flatteuse en apparence, sauf qu'elle transforme une femme en costume, en décor, plutôt qu'en personne.
La vérité, c'est que je danse plutôt mal le samba, que je porte des maillots une pièce la moitié du temps, et qu'il m'est arrivé de refuser une piste de danse un soir de réveillon sans que le ciel me tombe sur la tête pour autant.
Ce qui est vrai, quand même
Mais il y a un fond de vérité, et il mérite d'être dit correctement, parce qu'il n'a rien à voir avec un costume de carnaval. Au Brésil, le corps se touche sans en faire toute une histoire. Un abraço — une embrassade franche, complète, qui dure un peu plus longtemps qu'une poignée de main polie — ouvre presque chaque rencontre. On se prend le bras en marchant, on s'assoit près l'un de l'autre sans calculer la distance, on danse parfois juste pour la sensation, sans public à convaincre.
Cette aisance n'est pas de la provocation : c'est un rapport au corps qui n'a jamais appris à en avoir honte. La fête, chez nous, est un vrai langage — pas une performance réservée aux touristes, mais une façon très concrète de dire qu'on est content d'être ensemble, chaleur comprise.
La vraie différence
La vraie sensualité brésilienne, celle que je reconnais chez moi et chez mes amies restées là-bas, ne se joue pas sur une piste de danse ni dans un vestiaire de plage. Elle se joue dans la façon d'occuper l'espace sans s'excuser, dans un regard qu'on ne baisse pas trop vite, dans une manière de dire les choses avec le corps entier plutôt qu'avec les seuls mots. Une amie française me disait récemment qu'elle m'enviait cette gostosa aisance — ce mot qu'on emploie là-bas pour parler de ce qui attire sans effort visible.
C'est cette même aisance que je retrouve, la nuit, dans une conversation au téléphone. Pas besoin de jouer un rôle brésilien de carte postale : la chaleur suffit, la voix suffit, et parfois un beijo soufflé en fin d'appel dit tout ce qu'un long discours n'oserait pas. Beaucoup d'hommes qui cherchent ce genre de ligne, sur cette plateforme ou ailleurs, pensent chercher un cliché exotique. Ils tombent, la plupart du temps, sur quelque chose de bien plus simple et de bien plus vrai : une femme à l'aise avec elle-même, sans costume ni décor.
Alors oui, la sensualité brésilienne existe. Mais elle ne ressemble presque jamais à ce qu'on imagine avant de la rencontrer vraiment, et c'est très bien ainsi. J'en dis d'ailleurs un mot de plus dans ce que mon accent déclenche, lui, au téléphone, quand la musique de ma langue s'en mêle.